Bio
Sans la boue, pas de lotus,
Thien Nah Than
Née dans les années 1980 en Charente-Maritime, je grandis dans une famille complexe, polynucléaire, de paysans et d’enseignants héritiers d’idéaux communautaires, de militantisme de la décroissance, écolo, low tech, de charité chrétienne et de culture autodidacte. Il ne me faut pas « trouver » ma place, mais l’« inventer » à partir de ce qui n’existe pas, de ce qui ne dit pas, de ce qui ne se trace pas sous forme d’arbre généalogique.
Il s’agit aussi de suivre le fil des liens, de sang, de cœur, de composer une histoire qui puisse faire sens, à partir de bribes, de chercher dans les désirs et les attentes de chacun le fil d’un récit. Pour s’autoriser à écrire une histoire qui tienne « debout ».
Changer de nom, détricoter l’attache du temps, reconnaître la puissance du lien.
Ce qui fait art est une corne de vache perdue sur un sentier de montagne, un fer forgé à la main transformé en abat-jour, la géographie d’Élisée Reclus, les VHS de la culture hippie Woodstock 1969, le pulse rock de Dixit Midnight Runners sur la platine vinyle, la liberté de mouvement de Trisha Brown, l’Antigone d’Anouilh, et toutes les bibliothèques que je dévore, ainsi que les spectacles de danse et de théâtre déchiffrés, écrits, pensés, mis en scène depuis l’enfance.
Je rencontre très tôt la danse et je pars loin des terres familiales (Conservatoire de danse de La Rochelle, École Supérieure de danse de Cannes Rosella Hightower, puis tournées en France et en Belgique). Le mouvement est mon moteur quand les mots manquent, même s’ils ne sont pas loin, tout près parfois. J’explore beaucoup : danse contemporaine, kinomichi, eutonie, tenchi tessen, danse des 5 rythmes, biodanza… portée par la soif du geste, du rythme, l’ouverture aux mondes sensibles qui m’anime profondément.
En parallèle, dans le jardin secret des chambres que j’investis, je remplis des carnets de mots. Avec des ambitions de récits parfois. Souvent abandonnés en route, j’en retrouve certains, au hasard des déménagements. Progressivement, j’investis l’écriture et la lecture dans le cadre d’études universitaires (Licence Lettres modernes Université Paris X Nanterre ; Master 1 et 2 Lettres, Arts et Pensée contemporaine, Université Paris Diderot). Puis, j’écris une thèse de doctorat reliant les sphères chorégraphiques, théâtrales et littéraires : « Les Scènes médiationnelles au début du XXIe siècle. Nouveaux langages en danse, théâtre et performance » (sous la direction d’Isabelle Barbéris, co-direction Évelyne Grossman). Mes recherches, en particulier dans le cadre du laboratoire itinérant de recherche-création Écrire le sensible, co-fondé avec la géographe et cartographe Élise Olmedo, m’ont permis de prendre conscience de la grande fragilité de notre rapport sensible à nous-même et au monde, dans l’éloignement progressif des perceptions de la relation même au vivant.
En 2016, en parallèle d’un poste d’attachée d’enseignement et de recherche à l’université, je me forme à la médiation artistique et l’art-thérapie à l’INECAT afin d’orienter ma démarche autour de pratiques d’accompagnement par l’art. Je pressens que la question du sensible n’est pas seulement individuelle, mais également relationnelle, sociale et sociétale, qu’elle s’inscrit dans de complexes interrelations entre l’individu, ses filiations, affiliations, aspirations et son environnement – minéral, végétal, animal, humain – et que de cet état d’ouverture dépend la possibilité même de faire commun, c’est-à-dire de vivre et de survivre ensemble.
À présent, par des voyages et des pérégrinations dans divers environnements (marais salants de Guérande, estives du Béarn, portes du Moyen Atlas marocain, etc.), mes écritures sont traversées par un dialogue tissé entre le mouvement et le mot. D’explorations poétiques en fragments d’histoires, un chemin de résonances entre le geste et la trace s’écrit et s’invente.
Je suis le flux de mes propres ressentis afin d’accompagner chacun à se rencontrer par la création. Aujourd’hui, je travaille auprès d’enfants, d’adolescents, d’adultes et de personnes âgées aux fragilités psychiques, cognitives et sociales, en collaboration avec des associations, des Groupes d’Entraide Mutuelle, des Maisons des adolescents, des services de psychiatrie ou des entreprises, en intérieur et en extérieur. Quel que soit le contexte, je cherche à mettre en mouvement nos lieux intimes du poétique, un son, une odeur, un jardin, un souffle. Je suis les traces d’un pouls, d’une pulsation, de ce qui nous relie au milieu.
J’interviens également comme formatrice en médiation artistique en relation d’aide et en art-thérapie auprès de différentes structures : l’Institut National d’Expression, de Création, d’Art et de Thérapie (INECAT), Aleph-Écriture ou encore l’Institut Régional de Travail Social (IRTS).